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Pierre Béarn

15 juin 1902 – 27 octobre 2004

Une vie – une oeuvre au service de l’homme

La fin d’un géant

 

Par Brigitte Egger-Béarn

 

Nous sommes un roseau qui ploie

sous l’assaut de l’ouragan

que le temps inflige au sang

pour lui arracher sa sève

 

La lente descente fut sans trêve

de la fin de ce géant

de mon époux, mon amant

 

Mon unique consolation

reste son ultime ascension

vers l’Ailleurs aux mille couleurs

Brigitte Egger-Béarn

« Je considère la poésie à la fois comme une arme et comme une femme. Je me sers d’elle pour fustiger ce que le monde des hommes a de laid et d’odieux. Ensemble, nous avons vécu comme des maisons sans fenêtres. Je ne regrette pas ce temps perdu à me façonner une âme. » Pierre Béarn.

Rares sont les êtres qui laissent derrière eux une trace ; encore plus rares, ceux qui marquent leur siècle ; et ceux qui sont immortels font partie des élus des dieux pour leur ressembler.

Pierre Béarn fut l’un d’eux.

Pourtant, il est parti sans faire de bruit. Son corps, longtemps vainqueur de l’âge et de ses assauts, surmontant les accès de maladies, ces « incidents de parcours » comme il les appelait, a fini par l’abandonner ; cette trahison [comme il le ressentait], qui faisait de lui, l’homme debout, soudain un homme cloué dans un fauteuil roulant, avant de l’être dans son lit, « l’oiseau aux ailes brisées », le préparait à ce long voyage, lui permettait de dialoguer sans complexe avec la mort, maraudeuse de nos chagrins, cette copine qui regardait par-dessus son épaule, ce train aux fanaux rouges d’où les oiseaux sont partis … allusion au poème « Ultime Rendez-vous », écrit en 1992 (Arc-en-Ciel de ma Vie, Tome I), où la mort avait perdu son adresse ...

….Glissant en buées nonchalantes,

la nuit prenait enfin ses aises,

me statufiant dans l’attente

d’un train qui s’attardait au loin

 

En moi le soleil de la vie

avait étouffé sa lumière

pour laisser la nuit me répondre.

Je compris alors que mon train

n’était vraiment qu’un bruit qui fuit

car je venais enfin d’atteindre

le terminus de ma vie

 

Ce fut alors que j’aperçus

la mort en tenue de parade

qui m’offrait la paix de ses mains

 

Le vert de ses yeux m’attirait

mais ils devinrent bientôt rouges

Nul ne pouvait aller plus loin

Mais bientôt je sur les fanaux rouges

je vis se poser des oiseaux

 

Le quai n’était plus qu’un chemin

bordé de fleurs qui s’éveillait

et dans les lueurs de l’aurore

je vis que la mort s’éloignait,

m’accordant un nouveau départ

avec la naissance d’un ultime amour

pour prolonger ma vie.

1992

Le monde extérieur, ce monde banal par son côté matériel, et tout ce qui avait pu le décevoir, le heurter, le mettre en colère même, avait glissé de lui depuis un très long moment déjà.

Et voilà que je songe aux fleurs

qui périront sur moi

un jour que j’espère ne pas avoir à choisir

la vieillesse

quelle absurdité

Seule continuait à le hanter la création, les visions du « monde derrière le monde » persistaient à le fasciner ; son Bonheur se cristallisant sur les deux êtres qui lui étaient le plus cher, parce que indissociables de sa chair même : notre Siamoise de 20 ans et moi, tout amour, jusqu’au bout de sa trajectoire terrestre, compagne du chemin de la croix, celle qui continue à creuser le sillon, pour que l’oeuvre vive, et l’homme à travers elle.

SOLEIL ET NUIT

Homme qui que tu sois

tu n’emporteras rien

avec toi

Tel un fleuve devenu craintif

la vie s’en va vers son destin

la nuit est peuplée de bougies

le vent n’est plus qu’un clandestin

 

Le soleil ne sait pas

le soleil ne sait pas

que la nuit

que la nuit

va répondre

va répondre …

 

Mais les peintres

les musiciens

les poètes

ont des réponses de soleil

 

Soudain libéré, je m’élevais

je m’élevais hors du vivant et du réel

dans les étangs martyrisés du ciel

dans l’ascension tourbillonnante

parmi les damnés de la vie

dare dare vers les étoiles ..

Et je montais montais montais

sous moi la Terre chavirait

enlisée dans sa solitude

 

Je revivais l’absolu des imperfections

qui nous conduit à n’être plus que des esclaves

 

Mais mon visage de chair était encore vivant !

Je n’étais plus rien que moi-même

face à cette vérité qui me torture :

 

Je souffre en ma santé des maladies humaines

du refus d’un miracle sous le toit de mes mains

de n’être en ce bourbier que peine entre les peines

 

Que ne puis-je renaître à l’aube

tel un soleil qui se souvient

de s’être enfoncé dans la nuit

Pierre Béarn, extrait « Homme-Fusée et Soleil et Nuit et « Tu n’emporteras rien avec toi », Arc en ciel de ma vie, Tome I

 

Qu’ajouter après cela ? Pierre Béarn a déjà tout dit, nous a déjà permis de lever légèrement le voile sur son vrai personnage, sur l’homme derrière l’homme bourru et prompt aux colères, sur le séducteur impénitent par sport, par curiosité, sur l’homme qui au fond avait perdu trop tôt sa mère et, meurtri car sevré avant l’heure, cherchait toujours celle qui aurait pu le combler. Je crois que comblé il l’a enfin été. « L’Amour n’a rien donné, s’il n’a pas tout donné », c’est lui qui pousse ce cri de désespéré dans les Dialogues de notre Amour.

Combien de fois, au cours des dernières années n’a-t-il pas dit : « ah le baisage, c’est bien banal, au fond. Une curiosité à satisfaire, même pas aussi durable que le goût d’un porto au bout de sa langue. »

A parcourir son oeuvre, on retrouve le même homme désenchanté avant l’âge dans ses poèmes regroupés sous le beau titre des « Rêves Blancs » (écrits dans les années vingt) :

Dans mon rêve parfois je te vois revenir

pour prendre auprès de moi ta place ;

je ne veux pas savoir qui t‘a dit de partir

ou quel amant soudain te lasse

 

Dans la paix revenue, les déchirures du Temps

n’offrent plus d’évasions à nos inconséquences

mon amour et ma vie retrouvent leur printemps

pour enfin refleurir délivrés des outrances

 

Mon corps las se réveille et renie son déclin

pour saisir à nouveau ce passé qui l’escorte,

ma voix tremble d’amour mais près de l’âtre éteint

Maraudeuse ! Ton ombre est morte !

 

Ne pensez-vous pas tout de suite à un autre poète, méconnu lui aussi, à sa façon ?

… Ami, notre père est le tien

je ne suis ni l’ange gardien

ni le mauvais destin des hommes

Je ne suis ni dieu ni démon

et tu m’as nommé par mon nom

quand tu m’as appelé ton frère

Viens à moi sans inquiétude

je te suivrai sur le chemin

mais je ne puis toucher ta main

Ami, je suis la Solitude.

Musset « Nuit de décembre », extrait

Qu’il me soit permis d’en extraire quelques paragraphes de l'article « Pierre Béarn par lui-même » que je vous livre, avec une modification qu’il y avait apporté lui-même, au mois d’août, en regardant pour la dernière fois vivre les arbres, virevolter les oiseaux, respirer la nature, dans notre petite maison sur la butte de Montlhéry :

« J'ai toujours écrit avec l'espoir qu'un jour ou l'autre ceux qui vivent sur les mêmes longueurs d'ondes que moi me recevraient d'une façon toute simple, en direct. Mon scepticisme est viril. Certes, je reste convaincu de l'absurdité du monde. « Il n'y a rien à attendre » dit l’un de mes marins fantômes à la fin de « L'Océan sans Espoir » ; mais c'est une opinion d'homme fatigué d'attendre ; une philosophie que Samuel Beckett développera, plus tard, dans son fameux En attendant Godot.

Je peins le monde humain tel que je le vois : fourbe, laid, vaniteux, stupide ; mais pitoyable ; et je continue de l'aimer tout en le détestant. Le baisage et les passantes ne m'ont pas sauvé ; mais l’Amour de ma bien-aimée, la Femme d’entre les femmes, celle qui m’a tout donné, m’a permis de croire encore en la vie et de continuer à m’y accrocher ; les quelques amis que j'ai (et qui m'ont choisi) ne m'ont pas sauvé ; la beauté du monde, la mer, le Sahara, ne m'ont pas sauvé ; mais rien de ce que j'ai vu d'horrible : la trahison, l'injustice, la misère, la guerre, ne m'a moralement détruit.

Ce roman, et mes nouvelles « Les Oiseaux sont ivres » et « Misères » forment l'essentiel de ma façon de réagir et de me venger de l'Imperfection. Ces nouvelles, je les ai pratiquement toutes ré-écrites, afin de leur donner une chance de renaître un jour ou l’autre. Mes poèmes les complètent sur un plan plus intime, en direct dans l'impudeur; car l'exercice poétique est essentiellement et nécessairement impudique. Le poète a l'oeil interne; le romancier l'oeil externe. Le poète écrit avec son sang, non avec celui des autres. »

Je suis né d'herbes et d'orties ; d'autres sont nés d'un jet de roses.

Soit ; mais les herbes et les orties sont plus résistantes que les roses.

Père du slogan métro-boulot-dodo, extrait d’un de mes poèmes « Couleurs d'Usine » que Seghers avait édité en 1951 dans sa collection P.S. et qui devait servir les étudiants pour leur révolte, en placardant des affiches sur les murs du métropolitain de Paris en mai 68, je ne me doutais pas que ces trois mots allaient faire le tour du monde entier. Encore aujourd’hui, suis-je obligé de les défendre contre leur usage abusif par certaines entreprises versées dans le tourisme.

Au déboulé garçon, pointe ton numéro

pour gagner ainsi le salaire

d'un morne jour utilitaire

métro, boulot, bistro, mégots, dodo, zéro.

La naissance de « La Nouvelle Passerelle », en 1999, (deux Cahiers par an d'environ 40 pages chacun), que nous publions dans le cadre de "L'Association de mes Amis" me permet à nouveau de m'exprimer SEUL face aux absurdités de la vie actuelle et de faire profiter mes lecteurs de mes fables et textes inédits. Ainsi mon cerveau ne risque pas de rouiller.

Jusqu’à ce jour, en septembre 2004, nous avons publié 10 Cahiers et j’espère que, grâce au dynamisme efficace et au dévouement de ma bien-aimée épouse, Brigitte Egger-Béarn, ma collaboratrice depuis des années et qui continuera à veiller sur l’Association [et sur mon oeuvre], celle-ci verra encore de beaux jours devant elle.

* * *

Et voici le dernier poème écrit par Pierre Béarn à Montlhéry, le regard mélancolique, pour dire adieu aux saisons de la vie :

LENTEMENT …

 

Vieillesse en son déclin

te voilà récompensée

d’avoir longtemps accumulé

les hivers et les étés

pour les étrangler enfin

 

Tu n’aimes que les cheveux blancs

et la canne des malades

les yeux clos sous leurs paupières

qui ne cessent de sommeiller

fatigués de voir la vie

dans l’attente du départ

de l’ensemble des années

vers le pardon du silence.

 

Pierre Béarn, Montlhéry, le 23 Août 2004

 

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